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Roland Tafforeau

Roland Tafforeau, mon grand père...

Roland Tafforeau est né le 6 novembre 1907 à Brionne (Eure). Aîné d'une famille de 7 enfants, son père était forgeron. Il avait fait la guerre de 1914-1918 et notamment le redoutable Chemin des Dames.

La famille ayant des revenus modestes, Roland Tafforeau, bien que très brillant élève (son instituteur voulait qu'il soit dirigé vers une école supérieure) se mit à travailler très jeune. A 11 ans, certificat d'études en poche, il aidera son père à la forge pendant un moment, se faisant des muscles d'acier. De petits travaux en petits travaux où il travaillait très dur, il acquiert auprès de ses collègues de travail une conscience de classe, qui le fait adhérer au Parti Communiste. Nous sommes en 1923, il a 16 ans.

Il entre en 1937 à la SNCF comme ajusteur au Havre, puis intègre 18 mois plus tard l'atelier Buddicom comme soudeur à l'arc, jusqu'en 1962, date de son départ à la retraite. Syndicaliste CGT, il est écarté de toute promotion malgré les qualités professionnelles dont il fait preuve. Il restera donc jusqu'à sa retraite à l'âge de 55 ans soudeur à l'arc.

Lorsqu'il entre au Parti en 1923, l'avenir du communisme a encore de beaux jours devant lui, à cette époque, Roland Tafforeau y croit sans arrière pensée et s'engage avec foi, durant 30 ans, jusqu'au début des années 1950.

Roland Tafforeau se marie en décembre 1929 avec une jeune fille de 3 ans 1/2 sa cadette. Mariage d'amour, Renée Lefrançois, sa femme, lui donnera deux enfants, un fils et une fille. Ils resteront unis et s'aimeront jusqu'à la fin. Roland Tafforeau disparu, sa femme restera à jamais amputée de son compagnon de vie. Toujours vivante, elle peut témoigner de ce que furent ces années, le combat politique, l'éducation des enfants, les terribles années de guerre, pendant lesquelles ils s'engagent dans la Résistance, et les 35 années au service de ses concitoyens en tant que Maire de Sotteville les Rouen. Sa vie fut bien remplie, émaillée de drames, de ruptures, de satisfactions aussi. Une vie d'homme avec un idéal qui paraissait inébranlable, qui s'est effectivement effondré, Roland Tafforeau ayant simplement été un précurseur, ce qui lui a coûté beaucoup, comme à tous ceux qui ont quitté le Parti Communiste, ou qui en ont été exclus.

Roland Tafforeau était la simplicité même, son comportement social chaleureux lui faisait tendre la main spontanément.

Il possédait en plus 8 atouts majeurs : il était intelligent, il avait une capacité de travail énorme et une mémoire prodigieuse. Autodidacte, il s'intéressait à la politique bien sûr, mais il aimait particulièrement l'histoire et la géographie. Il avait la plume facile, et jamais personne durant ses 35 années de mandat comme Maire de Sotteville les Rouen, ne lui a dicté ou écrit ce qu'il devait dire dans ses discours. D'une manière innée il savait discourir devant une assemblée très souvent sans notes.

Le Parti Communiste avait donc en 1947 sous la main un candidat idéal pour se présenter aux élections municipales d'octobre. Roland Tafforeau n'avait pas encore 40 ans. Les communistes gagnent les élections, le Parti le désigne comme Maire. Il se fait un peu tirer l'oreille, ayant une idée très juste du travail qui l'attendait et compte tenu de sa formation, il ne s'en croyait pas capable.

La commune de Sotteville en 1947 était en ruines, de terribles bombardements l'avaient détruite à 75%. Tout était à faire. Les habitants avaient déserté la ville, n'ayant plus de maison, les canalisations étaient béantes, les rues, les écoles, la mairie avaient disparu et même l'église n'avait plus de clocher. La maison de Roland Tafforeau, proche de l'église, était sous les décombres et il sera logé dans un baraquement suédois à l'emplacement de l'actuelle Gendarmerie.


Destructions cp 1945

Il fallait des moyens financiers pour reconstruire. Roland Tafforeau se met à la tâche, ne ménageant pas son temps pour solliciter les Ministères et obtenir des subventions. Il réussit au fil des ans à ce que les habitants reviennent, mais ils étaient encore trop peu pour assumer la charge financière de la reconstruction. Roland Tafforeau a toujours eu le souci de ménager ses concitoyens en ne les grevant pas d'impôts. Durant ses 35 années de mandat, Sotteville était la ville la moins chère de l'agglomération. D'ailleurs la Mairie fut reconstruite en dernier, Roland Tafforeau ayant voulu que tous les habitants soient présents pour financer un édifice qui coûte près de 9 millions de francs.

En 1952, de graves évènements ont lieu dans les pays de l'Est. Des grands procès, des nouvelles alarmantes parviennent d'URSS. Roland Tafforeau se met à douter, son idéal se fissure lorsque la Corée du Nord attaque la Corée du Sud. Il est devenu plus pacifiste, il n'admet pas cette guerre.

Qualifié de révisionniste par le Parti, il devient une cible pour ses propres camarades. On le surveille, on l'espionne. Roland Tafforeau ne peut supporter longtemps cette attitude stalinienne. Il se démet de son mandat de Maire, rend sa carte du Parti, de même que sa femme. Il demande qu'on le laisse en paix, sinon il se représentera sous une autre étiquette. Sollicité par le P.S.U., il adhère quelques temps à ce mouvement, mais la présence au sein de ce parti de membres désirant ne pas rompre avec le Parti Communiste le met mal à l'aise.

Le P.C. ne peut s'empêcher de salir Roland Tafforeau. Commence alors une période noire pour lui et sa femme. Ils sont d'abord amers d'avoir été trompés durant tant d'années ; leurs anciens camarades s'acharnent sur eux. On trouve des "TAFFOREAU RENEGAT" sur les murs de la ville, on leur crache à la figure, on les menace de mort, on l'empêche de s'exprimer publiquement. La liste des méfaits des communistes est longue, que Roland Tafforeau ne pardonnera jamais, comme sa femme d'ailleurs. Très peu de militants ont eu le courage de s'opposer à ces méthodes sectaires (l'un toutefois, René Duval, dira à Roland Tafforeau, dans la rue mais à l'abri des regards "Je te serre quand même la main… Roland Tafforeau lui a répondu "Le quand même est de trop !" Un autre, M. Marie, dira en réunion de cellule, alors que les militants reprochaient à Roland Tafforeau d'être trop honnête :"On est jamais trop honnête!")

Calomnié, insulté, sali, Roland Tafforeau ne renonce pas à continuer sa tâche. Aux élections de 1953, il se présente (il a démissionné en juillet 1952, remplacé en tant que Maire par Lucien Bonnafé, psychiatre de l'hôpital psychiatrique du département). Il remporte les élections sous l'étiquette de l'Union de la Gauche Socialiste. Il sera ensuite réélu jusqu'en 1983 sans étiquette politique et quasiment sans faire campagne.

Bureau mairie provisioire 1965

En novembre 1998, Le Parti Communiste dirigé par Robert Hue, fait paraître dans l'Humanité et différents journaux un article qui déclare "nulles et non avenues toutes les sanctions, exclusions ou mises à l'écart d'anciens membre du P.C." Roland Tafforeau s'était exclu lui-même, mais jamais aucun ancien camarade n'a fait d'excuses, et il est parti avec cette rancune au cœur.

Avec jean lecanuet 11 1975

(Photo avec Jean Lecanuet dans les canalisations en construction en novembre 1975)

Aux élections de 1983, Roland Tafforeau choisit de tourner la page, il a 76 ans. Il préfère passer la main et s'occuper de sa femme, de ses enfants et petits enfants. Cette page curieusement, il la tourne avec une facilité déconcertante. Ne s'ennuyant jamais, il s'était remis à la lecture et dévorait livre après livre. Sur la politique, il était revenu de tout et pensait que la démocratie était le modèle le meilleur, en tous cas pour l'instant, pour rendre les gens heureux. Il gardait un vif ressentiment contre ses anciens camarades et disait souvent "J'ai eu tort d'avoir raison trop tôt".

Sa tombe au cimetière de Sotteville, au milieu de ses concitoyens, prouve que Roland Tafforeau aimait sa ville et que reposer en terre sottevillaise est l'ultime choix, l'ultime salut à ceux qui l'ont estimé pendant si longtemps.

La municipalité a fini par rendre hommage à Roland Tafforeau, Maire de la commune durant 35 ans, artisan de la reconstruction en lui dédiant un square sur lequel trône une statue en pied accompagnée d’un texte message pour la paix.

Dans un ouvrage récent financé par la municipalité actuelle, tout le travail réalisé par Roland Tafforeau est nié, son nom à peine cité et l’architecte Lods mis en avant, comme s’il était le seul à décider…

Discours suite remise de la légion d'honneur

Roland Tafforeau

6 novembre 1907 - 8 août 1997

Chevalier de la Légion d'Honneur

Officier des Palmes Académiques

Médaille d'Honneur des Chemins de Fer

Croix du Combattant Volontaire de la Résistance

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